Quand on débarque à Terre-Neuve

Étiquettes:

(La date de la mise en ligne des billets ne correspond pas avec celle à laquelle ils ont été écrits en raison des difficultés à accéder à internet)

Bien m’en a pris d’arriver tôt au ferry, les règles d’entrée au Canada avaient été modifiées depuis que je m’en étais préoccupées. Après quelques hésitations du FerryMan (et en dépit des assurances qui m’avaient encore été données la veille en achetant mon billet), une autorisation de voyage était donc nécessaire… Ouf, la salle disposait d’un Wi-Fi gratuit (impossible d’avoir internet avec le téléphone sur Saint-Pierre) et je suis plutôt à l’aise pour faire des démarches avec mon téléphone : deux minutes avant le départ, je recevais un mail pour me dire que je pouvais entrer au Canada ! Il était temps !
Une dernière traversée avec les enfants de la transatlantique qui, eux, partent faire le tour du monde avec leurs parents !! Beaucoup suspectent que c’est en raison de leur présence à bord que les cétacés nous ont fait le grand show. Mon carnet de voyage s’est rempli d’une panoplie d’animaux plus mignons les uns que les autres et d’une belle montagne avec un arbre ! Et comme Mathilde était très triste de me voir partir, je lui ai donné une de mes petites lumières de vélo qui me servent surtout sous la tente : on a toujours besoin d’avoir une petite lumière avec soi et j’en avais trois !

le dessin d’Antoine (5 ans)

Après avoir passé la douane et récupérer le bel Ernest, j’ai quitté Fortune par la route de l’Est et dès les premiers kilomètres j’étais sous le charme. A droite des côtes découpées à la hache, des récifs acérés entourés à leur base d’une brume cotonneuse. Plus loin, la brume a laissé place à l’épaisse écume mousseuse des vagues qui viennent se rompre à leur pied. A gauche une lande trouée de lacs noirs et ponctuée d’arbres à la silhouette biscornue. Ils sont tellement agrippés à cette terre manifestement battue par les vents qu’en dépit de leur taille on ne peut les qualifier de chétifs, têtus et vigoureux les qualifieraient mieux ! Les minuscules villages (avec une maison tous les 50 mètres, ici il y a de l’espace !) s’étendent non pas vers la terre mais vers la mer, profitant d’une saillie à peine accessible au-dessus de l’eau pour venir la surplomber.

Les voitures sont rares et les gens charmants, saluts, klaxon et encouragement se succèdent, je découvrirai plus tard que cette gentillesse n’est pas qu’une façade !).
Bientôt les côtes abruptes succèdent à de vertigineuses descentes (et ce relief semble être le plus répandu sur cette île !), le nez dans le guidon (ou penchée sur le cadre en poussant le bel Ernest qui me semble pour l’heure plus lourd qu’un âne mort) je loupe la route vers la plage de Sandy Cove. La route n’offre aucun dégagement, aucun chemin de traverse qui me permette d’espérer planter ma tente, en dépit des longues ascensions déjà réalisées je fais demi tour et m’engage non pas dans une route comme le disait ma carte mais une piste (« no pavement » m’a prévenu un cyclo en fat bike avec des pneus qui faisaient trois fois la taille de son chien dans le porte bagage avant !) Trop tard pour me dérouter, j’ai finalement trouvé un abri derrière deux caravanes inhabitées sur un carré de terrain tondu de frais et parcouru de fanions multicolores : comme un panneau annonçait « welcome everybody » je me suis dit que les maitres des lieux me pardonneraient cette intrusion de quelques heures. Merci à eux : j’ai dormi comme un loir !

9

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.