De Clarenville à Port Rexton : l’aventure c’est l’aventure ! ! (18 / ?)

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Vu le nombre de panneaux qui précèdent le traditionnel panneau : « WELCOME !  » j’avais imaginé que Clarenville était une ville animée. Pensez-donc, j’avais même vu deux panneaux vantant deux boutiques distinctes où l’on pouvait acheter du tissu !! (l’un de mes nombreux vices). J’ai vite déchanté ! Comme la plupart des villes de Terre-Neuve, il n’y a aucun centre ville mais des commerces discrets disséminés dans des rues extrêmement pentues. J’ai donc passé mon tour pour le shopping et j’ai poursuivi ma route. De loin, j’ai vu qu’un chemin de trail était annoncé mais comme la T’Railway passe aussi par Clarenville et que j’en sortais sans avoir pédalé à ma guise, j’ai pris la route. Sauf que 3 kilomètres plus loin, la piste susdite avait l’air bien plate… Je décide donc de jeter un œil. Et là je tombe sur un amour de sentier ! Il était non seulement plat mais large, doux aux roues et plein de fleurs des champs sur les côtés. Sur ma carte Il est référencé comme le « Bonavista Rail Line » … Et je ne comprends pas pourquoi il n’est pas classé cyclable alors que la T’Railway l’est…

Il commence par suivre la côte et les vues sur les « cove » qui se succèdent sont splendides J’avise des panneaux destinés aux motoneiges et notamment un où l’on rappelle l’exigence d’un pass… Peste ! J’espère qu’il n’en faut pas un pour les bicyclettes. Tant pis, je continue cahin caha : il y a parfois un peu trop de sable, parfois un peu trop de cailloux pour moi mais tout rentre très vite dans l’ordre.

Quelques boulons, quelques clous géants et des petits ponts en épaisses traverses de chemin de fer confirment qu’il s’agit bien d’une ancienne voie ferrée.
Pas de voiture, quasiment pas de quad (j’en ai croisé deux dans toute la journée) et quand il quitte le bord de mer pour s’enfoncer dans les terres, les paysages sont splendides, et déjà un peu différents de ceux que j’avais vus antérieurement.

J’étais toute à la joie de la découverte, quand je croise un quad qui me voyant passer rebrousse chemin pour venir me parler. Je dois avouer que je suis nulle en anglais, au surplus l’accent Terre-Neuvien est difficile à comprendre : c’est un peu comme du yaourt, mais pas du yaourt États-Uniens, plutôt de la compote pour personnes édentées . Bref, je ne comprends absolument rien à ce qu’il m’explique, et ce d’autant plus qu’il parle à toute vitesse. je lui indique que je suis désolée mais je parle très mal anglais et que je n’ai pas compris. Il recommence (aussi vite) en insistant plusieurs fois d’aller tout droit et surtout « don’t cross the river, don’t cross the river ». Je lui dis que j’ai un peu compris et je le remercie. Il me laisse partir avec un air ennuyé. Je regarde mon plan avec attention, la piste traverse plusieurs fois une rivière, surtout dans les prochains kilomètres. Au pire, je ferai demi-tour (spoiler, j’aurai dû me méfier).

À dire vrai, j’ai largement eu le temps d’oublier tout ceci puisque je suis tombée sur THE SPOT !

Là sous mes yeux, au bord de la mer, presque au fond de la « Sandy Cove » (encore une !), un peu éloignée des quelques maisons de Lethbridge, un endroit baigné de lumière, avec des oiseaux où que porte mon regard ! Chevaliers criards, sternes, goélands d’Amérique… J’ai cassé une graine en vitesse et puis j’ai sorti les jumelles et passé le reste de la journée sur ce splendide point d’observation avec la ferme intention d’y planter ma tente le soir venue !

Sauf que j’ai fini par réaliser que c’était marée basse, que je ne connaissais rien du niveau de la mer quand elle était haute et que de surcroît si le vent (qui venait de poindre le bout de son nez) se mettait de la partie, je risquais de passer une bien mauvaise nuit (j’ai une très mauvaise expérience d’un bivouac face à la mer Baltique en Estonie où j’ai du plier en catastrophe au beau milieu de la nuit ..). Je laisse l’Ernest profiter de la vue et part fureter à droite à gauche. Super !! En passant par la plage de cailloux fins, j’arrive à rejoindre une belle prairie qui surplombe la plage et ou deux grands sapins touffus me protège du vent !

Ni une, ni deux, je récupère ma bicyclette et son chargement et nous voilà bientôt divinement installés toujours face à la mer mais à l’abri des conifères …. et au milieu de milliers de myrtilles dont la couleur bleu nuit tirant sur le violet brillaient comme autant d’astres pour la gourmande de baies que je suis !!

Ceuillette le soir… Et puis ceuillette le lendemain midi, et au goûter, et au dîner car j’étais si bien que je n’ai pas réussi à partir. Après tout, ce sont mes vacances et je les organise comme je le veux. Myrtilles et farniente au bord de la mer avec les chants d’oiseaux en fond sonore, difficile de faire mieux ! Une dernière ceuillette juste avant la nuit pour partir avec quelques douceurs et hop, je prépare tous mes bagages pour plier vite et partir tôt le lendemain matin.

Ce que je fais : je plie vite et je m’ensauve (en laissant sur mon emplacement une balle de golf toute neuve et toute blanche trouvée au milieu des myrtilles : si je repasse par là au retour, je serais curieuse de voir si elle est toujours là).

Sauf que j’ai oublié la marée ! Enfin, je pensais l’avoir anticipée mais je me suis totalement plantée (apprenez qu’il y a aussi une ville qui s’appelle Lethbridge avec des marées en… Australie !). Gaillarde comme tout avec mes deux cafés matinaux (mon réchaud à alcool ne fonctionne qu’avec une ration d’alcool pour deux cafés, pas moins, donc je bois deux cafés au lait tous les matins). Gaillarde comme tout et soudain, surtout bête comme tout ! Je m’aperçois que la mer est beaucoup plus haute que prévue et que les arbres m’empêchent de passer sur le bord de la plage !

Donc j’attends… Je finis par décrocher mes sacoches (première fois) et en penchant mon bel Ernest à 45 degrés je parviens à passer l’obstacle. Le joli petit chemin est toujours aussi engageant, je continue donc à le suivre gentiment. Les cailloux sont plus gros, il est un peu plus étroit mais l’Ernest y roule toujours mieux que sur la T’Railway ! Je passe deux fois sur la rivière et je ne comprends pas bien la mise en garde du conducteur rencontré l’avant veille Et puis j’avise une immense flaque d’eau, tellement grande qu’on dirait un gué…

Immédiatement j’imagine qu’il avait cru que je ne pourrai franchir un tel obstacle (spoiler : j’avais tort !). Je pédale en sandales et tant elles que moi en avons vu d’autres. Voilà donc mes arpions à patauger dans l’eau boueuse. Des flaques, j’en ai passé cinq ou six, parfois profondes et pleines de cailloux. Mais quelques dizaines de mètres plus loin le petit chemin se faisait facile, et je continuais en pensant qu’il en serait toujours ainsi ( j’avais toujours tort !). Comme il était vraiment charmant, à l’heure de déjeuner, je me suis retrouvée entre deux baies de framboisiers (dont les fruits étaient parfaitement murs !). J’ai fait une place dans ma gamelle avec les myrtilles cueillies la veille (avalées incontinent) et j’ai fait une jolie récolte de framboises après avoir pris le temps d’observer une drôle de toile entre deux branches…

Dans l’après-midi, le sentier était encore plus étroit et les cailloux de plus en plus gros, en revanche, il était plus splendide que jamais ! Les paysages étaient à couper le souffle et comme il suivait une jolie petite rivière on entendait chanter l’eau vive. Je suis soudain arrivée près d’un immense champ de myrtilles, plat, aéré avec des vues splendides. Où que portait le regard la nature était plus luxuriante que jamais, il y avait tant de verts qui se mêlaient sans jamais se mélanger que c’était un enchantement pour les yeux ! La petite rivière était juste là, avec un bel accès pour en profiter. J’ai hésité à planter si tôt car avec mon faux départ et la piste un peu plus difficile, je n’avais pas parcouru beaucoup de kilomètres mais les myrtilles ont fini de me convaincre (J’ai eu raison ! Jamais je n’aurais pu m’arrêter ensuite !).

Après un bon bain revigorant (en remontant ma bassine d’eau savonneuse pour ne pas polluer la rivière), j’ai quand-même fait une petite reconnaissance avant la nuit : j’ai marché à pied durant 1,2 kilomètres en poursuivant la piste, ce n’était plus top pour rouler mais pas de problème pour avancer en poussant le bel Ernest.

Après avoir réalisé que j’avais croisé personne de la journée (j’aurai dû me méfier), j’ai dormi comme un loir (je ne dors jamais aussi bien qu’en pleine nature je suis capable de dormir 10 heures de suite sans lever un sourcil). Tant mieux, j’allais en avoir besoin !

J’ai décollé avec armes et bagages à 7h30, pensant être à Trinity (charmant village de la côte que j’ai très envie de visiter) en tout début d’après-midi : il me restait 5 kilomètres de pistes environ (j’étais à 3,3 kilomètres de la route à vol d’oiseau mais le chemin faisait un grand angle). Je n’oublie pas de me recouvrir de produits anti-moustiques (un jour, je raconterai les moustiques et les taons qui se sévissent ici, mais pas aujourd’hui car la journée ne fait que commencer, et elle va être longue).

J’ai gentiment poussé ma bicyclette pendant 1,2 kilomètres, pataugé dans des flaques profondes (plus frisquette ce matin que la veille) en me demandant bien pourquoi il y avait autant de branches sur le chemin (bah, parce que plus personne à part moi ne roulait sur le chemin).

Patatra !!! Après deux bons kilomètres, les choses se corsent : voilà trois arbres couchés en travers du sentier…

Je n’ai vraiment pas envie de faire demi-tour, j’examine bien les arbres, le terrain autour. C’est compliqué mais pas infaisable : je ne peux pas les contourner mais les arbres sont en partie ébranchés : je défais toutes mes sacoches (deuxième fois), j’enlève aussi tous les bidons d’eau et je passe entre les branches avec celles-ci en trois ou quatre aller-retour. Puis je prends mon bel Ernest tendrement dans mes bras et je le porte comme un gros bébé pour le faire passer successivement au-dessus des trois troncs qui bloquaient le passage.

Ouf ! On a réussi ! Je me félicite de ne pas rechigner à le pousser quand les pentes sont trop dures : moi qui, en temps normal, n’ai que du jus de navet dans les bras, je n’aurais jamais réussi à le transporter ainsi sans cet entraînement préalable !

Je le réarnache et nous repartons de conserve, tout contents d’avoir réussi à passer cet obstacle. Nous ne sommes plus qu’à 1,9 kilomètres à vol d’oiseau de la route, nous sommes bientôt arrivés (spoiler : non !)

Comme la rivière est encore là, j’en profite pour nettoyer les tâches de cambouis qui décorent désormais mes jambes (quand je le porte, Ernest oublie de ne pas laisser traîner sa chaîne). Non seulement ce n’était pas la peine, mais en plus en me lavant j’ai enlevé le produit anti-moustiques et je suis désormais une vraie proie pour ces bestioles !!

Quelques centaines de mètres plus loin, une immense mare de boue me barre la route. Une vraie boue, pas celle au fond des flaques, non, celle où l’on ne peut pas avancer ni avec des roues, ni avec des pieds. Impossible d’y couper : je ne vais pas faire demi-tour maintenant (si, j’aurai dû !).

J’avise le terrain, je trouve le côté gauche un peu moins humide que le droit, je vois quelques pierres où mes pieds pourront trouver un appui et le bord est moins meuble : les roues d’Ernest pourront tourner si je le pousse vigoureusement.

Vaillante, je m’engage ! Les pieds dans la boue jusqu’aux chevilles je pousse le bel Ernest qui avance et puis… s’enfonce inexorablement !

Évidemment ! J’avais oublié le poids de mon chargement !!! Impossible de reculer, impossible d’avancer, me voilà coincée au milieu d’un champ de boue. J’avoue que le comique de la situation ne pas échappé…. mais j’ai continué à réfléchir (parce que je suis tellement maligne depuis ce matin…)

J’ai sorti ma béquille magique (ma canne, écarteur de voitures collantes et épouvantail pour chiens méchants), j’ai bloqué Ernest en position debout, et j’ai commencé à enlever les sacoches (troisième fois) pour les transporter sur la terre ferme (toujours en pateaugeant dans la boue jusqu’aux chevilles…) j’en étais à mon deuxieme voyage quand j’ai entendu un « splatch » un peu sourd accompagné de bruits de grelots (il y a deux grelots sur mon Ernest pour qu’il n’effraie ni les ours, ni les piétons).

J’avoue que je n’ai pas osé me retourner tout de suite. J’ai remisé le paquet de sacoches que j’avais dans les bras au sec et j’ai croisé les doigts pour que mon bel Ernest (cela ne pouvait être sur lui…) soit tombé du bon côté, pas dans l’immense flaque de boue mais plutôt sur le bord un peu moins boueux (rêvons un peu…).

Évidemment, il avait chu du mauvais côté !

J’ai relevé ma pauvre bécane toute crottée, on a barboté ensemble jusqu’au bord de la mare et j’ai fait des allers retours supplémentaires au bord de la rivière pour essayer de le nettoyer comme je pouvais (le rack arrière était notamment plein de boue …).

J’ai tout réarnaché et j’en ai profité pour virer les limaces qui s’étaient aventurées sur l’Ernest ou ses sacoches. Et à pleines mains, je vous prie ! Maintenant que j’avais passé l’épreuve de la boue, ce n’était pas deux ou trois pauvres malheureuses et gluantes limaces qui allaient me faire peur !!

Puis, nous sommes repartis : nous n’avions plus que 1,5 kilomètres à vol d’oiseau, nous allions bientôt sortir de ce bourbier !

Ah tiens ! Voilà un pont ! Un pont qui traverse la jolie petite rivière qui est devenue bien grosse.

Tiens ! Tiens ! les poutres ont l’air en mauvais état.

Là, je dois dire que je n’étais pas fière. D’abord, j’ai le vertige, ensuite, j’ai deux enfants que j’aime d’amour tendre et je n’ai vraiment pas envie d’en faire des orphelins !

De près, les poutres ont l’air plus solides que je ne le pensais, je gare Ernest sur le côté et je m’aventure dessus.

Le problème c’est que je n’en vois pas la fin et que je crains le pire arrivée au bout. Je marche sur les poutres en comptant mes pas – 22 – (cela me permet de m’accrocher à la réalité et ne pas céder au vertige) et en choisissant celles qui me semblent le plus solides et surtout ne pas poser le regard entre elles, là où l’on voit l’eau dévaler dix mètres plus bas.

Arrivée au bout, le cœur me manque : le pont est à moitié écroulé.

D’aucuns ont essayé de le combler en entassant des branches sur les solives à moitié effondrées mais elles sont toutes plus pourries les unes que les autres : je ne passerai pas là-dessus !

En regardant de plus près, je vois que du côté droit le parapet en béton prend encore appui sur le sentier, il y a juste une immense marche d’un petit mètre de haut à franchir. C’est pas très large mais Ernest et moi ne sommes pas très épais et je sais depuis quelques minutes que je suis assez forte pour le porter.

Je recompte mes pas pour revenir (sans regarder en bas etc.), je désarnache le bel Ernest de toutes ses sacoches (quatrième fois) et je fais des allers retours sur le pont (22 pas, sans regarder… Jamais !) . J’étais très concentrée non seulement pour poser le pied sur les bonnes poutres mais également pour ne rien laisser tomber ! Et puis j’ai bien observé par où je pouvais passer avec l’Ernest (sans trop écart entre les poutres pour éviter d’avoir le pousser entre deux d’entre elles). Malgré mon vertige, ce n’était pas au centre que nous avons cheminé mais tout au bord du côté droit (là où les poutres étaient le moins abîmées).

Arrivée au bout, je l’ai pris dans les bras et je l’ai déposé un mètre plus bas. Voilà, c’était fini on avait réussi.

Vous avez déjà fait une déclaration d’amour à vélo ? Moi oui ! Je l’ai aussi félicité : il avait su se faire si léger quand j’avais dû lui faire franchir un si grand pas et puis je l’ai ré-arnaché et nous sommes repartis.

Certes, il y a eu encore ce petit pont avec des poutres longitudinales où il faut bien prendre garde à ce que les roues restent au sommet de celles-ci mais on est passés « finger in the noses » !

800 mètres avant la route, je pensais en avoir terminé avec les épreuves…

Sauf que plus personne ne passe sur cette portion du sentier, y cheminer devient donc de plus en plus difficile et bientôt, il est véritablement enfoui sous une forêt d’arbres qui se sont écroulés sur lui. Pas question de passer, troncs et branches entremêlés forment un mur infranchissable.

Je ne suis pas seule cependant à avoir voulu contourner l’obstacle : sans doute des quad ont fait une trace dans la colline, c’est pentu comme pas possible (ces engins passent vraiment partout !!) , c’est plein de boue mais je n’ai pas le choix.

La photo ne fait vraiment pas honneur à la haie d’arbres écroulés, mais je ne vais pas y retourner pour une nouvelle prise de vue !

Je désarnache l’Ernest ( la sixième fois ?) et je commence à monter les sacoches.

Non seulement c’est terriblement casse-gueule (la boue dans les pentes raides, c’est pire qu’une peau de banane !) mais très fatigant. La pente est raide, longue et surtout le sentier a disparu, il faut que je marche en portant tout isolément, je peux plus réarnacher ma monture.

Je fais des aller-retour avec les sacoches : deux sacoches et je reviens… revenue tout en bas, une drache se met à tomber, une tellement drue qu’on se demande si c’est la grêle ou la pluie qui bombarde si fort. Je veux immédiatement m’en protéger quand je réalise que ma formidable veste de pluie est sagement rangée à sa place, dans l’une des sacoches qui sont déjà en haut. Ma laine polaire est immédiatement à tordre….

Revenue en haut de la colline j’enfile enfin ma veste et je redescends l’autre versant fureter pour voir si je retrouve le sentier mais non, il a totalement disparu. Il n’existe plus que sur la carte …

Je vais récupérer mon Ernest dont les roues s’accrochent aux moindres aspérités pour grimper cette énième « hill » terreneuvienne et je continue mes aller retour dans ce micro chemin tracé par un quad sous la ligne de poteaux électriques. 200 mètres par 200 mètres. Bizarrement je ne suis même pas fatiguée et j’ai l’impression que je pourrais faire cela toute la journée … (je remercie in petto feu mon papa dont je sais que je tiens l’endurance : c’est toujours plus facile de continuer quand on a confiance en soi et aujourd’hui j’en avais bien besoin !).

Soudain, de façon parfaitement inespérée je tombe sur un chemin d’exploitation forestière ! C’est large et les immenses roues de camions ont laissé de si profondes traces boueuses que je ne peux pas y rouler mais c’est Bizance !!

Je sais qu’il me suffit de les suivre pour trouver un chemin carrossable.

A 12h02 minutes exactement, je trouve enfin une route. Il tombe des cordes, je réalise alors que ma jupe est à essorer que j’ai les pieds gelés et qui glissent dans mes sandales pleines de boue ; il fait exactement 15 degrés et je commence à trembler de froid. Il y a une micro cabine dans laquelle je peux juste tenir debout (un abri pour le ramassage scolaire, je pense). Alors j’ai mis l’Ernest devant et je me suis changée pour enfiler un caleçon sec et un pantalon de pluie. Debout, j’ai avalé en vitesse mon déjeuner (avec des myrtilles en dessert !) et je suis enfin partie pour Trinity !!

Malgré la pluie qui n’en finissait pas de tomber, j’ai bien roulé : j’ai trouvé que le relief était peu moins saillant que celui sur les péninsules plus au sud (juste un peu moins cependant).

Comme d’habitude les paysages sont à couper le souffle.

Et ni la pluie, ni le brouillard qui s’est maintenant installé, ne parviennent pas à leur ôter leur beauté.

Le ciel est si bas qu’il semble que la nuit tombe alors qu’il est à peine 15 heures !

J’avais vu qu’il y avait trois ou quatre hôtels à Trinity et, couverte de boue comme je l’étais, l’envie d’un bain me taraudait. Malheureusement toutes les cartes consultées m’apprenaient aussi qu’il n’y avait aucune épicerie ! A cette heure de la journée, je n’avais pas envie de descendre au bord de la mer (Trinity est un port) puis de remonter ensuite pour aller faire mes provisions de bouche : comme je repasse par cette même route à mon retour, je préfère continuer sur le plateau jusqu’à Bonavista et plutôt prendre le temps de la visiter ensuite.

J’ai donc continué ma route jusqu’à l’épicerie de Port Rexton. Et quand je suis arrivée, je crois que c’était moi le spectacle, avec mon casque dégoulinant de pluie, mes vêtements qui s’égouttaient et sans doute la mine fatiguée, j’avais l’impression d’être telle une extra terrestre qui sortait de sa soucoupe volante (il faut dire que les déplacements en vélo ne sont manifestement pas courant dans cette contrée).

Ravie de quitter enfin la pluie, je ne suis pas restée au sec longtemps, il me fallait trouver un endroit où planter en vitesse. Par chance, j’ai vite trouvé, trop près de la route (je n’aime pas entendre les voitures) mais l’endroit est plat et isolé et la pluie tombe si fort que je ne rêvais que de me glisser dans mon duvet ! Vu l’humidité que je trimballe et celle qu’il y a dans l’air, je sais pourtant que je ne suis pas prête d’être tout à fait sèche, surtout que seul moyen de réussir à faire sécher ma laine polaire toujours trempée par la drache du chemin de boue, c’est d’utiliser la seule source de chaleur dont je dispose c’est à dire de continuer à la porter…

Ce joli petit chemin bucolique aura été, décidément, plein de rebondissements…

(le billet précédent est ici / et le billet suivant là)

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