De Saint-Nazaire à Paris où s’achève le voyage (26 / 27)

Comme je sentais le navire manœuvrait, et que je voulais voir les dessous du pont de Saint-Nazaire, j’ai abrégé ma nuit et, à potron minet, j’ai filé sur le pont du navire pour découvrir qu’il avait changé de physionomie : ses mats étaient désormais repliés tels un mikado géant et ses focs roulés en longs boudins ressemblaient à des serpents tapis dans l’ombre.

Après être restés des heures au mouillage, tout est allé très vite et juste après avoir croisé le gigantesque MSC World Asia, véritable barre d’immeubles voguante, et qui, éclairé de mille feux offrait la laideur de son profil à des kilomètres à la ronde, nous avons franchi, par dessous, le pont de Saint Nazaire pour accoster quelques minutes plus tard sur les quais de Montoir de Bretagne… achevant ma transatlantique.

Échanges de coordonnées et salutations chaleureuses entre passagers se sont succédé, puis j’ai récupéré mon Ernest dans la cale. Tout fringuant après 10 jours au pain sec et à l’eau, j’ai superbement ignoré les instructions de le faire rentrer dans le coffre d’un taxi pour le faire sortir du port arguant d’une part qu’il était trop grand et que d’autre part sa transmission était si sale, si grasse et si noire, qu’elle allait ruiner non seulement le coffre mais également les bagages des autres passagers (ce qui était parfaitement vrai !). J’ai tranquillement chargé mes sacoches et plus personne n’a insisté pour s’encombrer de ma monture pestiférée !

Après quelques coups de pédales (et littéralement des craquements d’agonie de ma chaîne !) puis un arrêt à la douane, j’ai retrouvé Saint-Nazaire, toujours aussi belle sous un soleil toujours aussi généreux avec la journée pour bichonner mon Ernest (dont la chaîne était si lâche que mes coups de pédale se perdaient dans le néant), faire quelques emplettes et m’envoyer par la Poste tout ce qui ne n’était plus indispensable pour l’ultime trajet de retour.

Comme j’avais encore des étincelles dans les yeux et que j’avais envie de les conserver, j’ai volontairement boudé la route vers Le Mans (et ses routes trop fréquentées et ses conducteurs vraiment trop agressifs) pour rentrer par la  » Loire à vélo  » que j’ai déjà parcourue il y a trois ans et dont je connais la beauté.

Le pont de Saint-Nazaire au point du jour

J’avais pour dessein de rallier Orléans et de finir en train mais une soudaine tendinite en a décidé autrement. Il faut avouer que ce n’était pas très malin d’appuyer comme une brute sur mes pédales et d’enquiller plus de 130 bornes le premier jour. Partie à 6h00, j’ai décidé, en dépit de tous les conseils dispensés, de renouer une dernière fois avec le pont de Saint-Nazaire et je ne l’ai pas regretté ! En l’absence de vent, je ne l’ai pas trouvé si difficile que cela à franchir et toujours moins terrible que la transcanadienne. Mais surtout le trajet de l’EuroVelo qui débute dès qu’il a été franchi est absolument magnifique !

Comme pour me consoler d’avoir quitté Terre-Neuve, un brouillard mi brume, mi bruine recouvrait la Loire et ses rives. J’avais l’impression de me retrouver dans le tableau « Impression soleil levant » si ce n’est les immenses filets de pêche au carrelet qui trônaient au premier plan !

J’ai cependant résisté à l’envie de m’arrêter toutes les 30 secondes pour faire des photos (tentations qui ont persisté durant quasiment tout mon parcours jusqu’à Saumur, tant les bords de Loire sont proprement ravissants) et j’ai tracé en refusant de suivre le tracé « officiel » de l’EV5 qui relève parfois de la perversité (il y a moults voltes sans aucun intérêt quand la route qui suit la Loire est, non seulement charmante, mais, au moins jusqu’à Nantes, roulante et quasiment sans voitures !

Si les paysages sont très différents de Terre-Neuve je dois avouer qu’ils sont également magnifiques… Et, même avec les yeux encore énamourés pour cette grande île sauvage, je dois concéder que la beauté des villages que je traverse est sans commune mesure avec ceux outre-atlantiques… Au fil de ma route, avec ravissement, je retrouve aussi l’odeur du jasmin et des figuiers et la nuit les cris des chouettes hulotte.

Malheureusement, parvenue à Saumur, je ne pédalais plus que d’une patte et si j’avais encore très envie d’enquiller des kilomètres, il était hors de question de terminer ce magnifique voyage dans la souffrance. J’ai donc pris la direction de la gare et j’ai fait grimper mon bel Ernest dans un TER pour Tours.

Après une dernière visite touristique de cette belle ville que je connaissais pas, c’est dans un autre TER que j’ai rejoint Paris pour achever mon voyage. Et alors que je sillonne Paris en biclou depuis plus de 20 ans. j’avoue que les manières des cyclistes m’ont fait l’effet d’une douche froide.

Mon bel Ernest y a été assommé de dizaines de coups de sonnettes le sommant, en dépit de la largeur de ses sacoches, de raser murs et piétons, voire de se ranger sur le côté, pour laisser le passage à des « bagnolards sur selle »…

C’est vraiment la fin du voyage…

Le billet précédent est ici / et le dernier billet qui conclut la série est

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