Si mon Bel Ernest a déjà vogué sur la mer (la Baltique en Estonie) il n’avait jamais jusqu’alors franchi un océan ! Si tout va bien et que l’on arrive à bon port, c’est à Saint-Pierre et Miquelon qu’il devrait prendre roues à un peu plus de 4.000 km (non, je ne sais pas combien cela fait en milles marins). Avant d’embarquer je l’ai bien bichonné. Je lui ai remis un peu d’air dans les pattes, nettoyé et oint sa transmission avant d’imaginer une réparation de fortune pour son garde-boue brisé qui nous cassait les oreilles en roulant : un bout de chiffon et un peu de cyanolite (indispensable en voyage) et voilà le plastique « ressoudé » ! On verra bien le temps que cela tiendra et au pire je récidiverai (avec du chiffon noir, ce sera plus discret !)

Pour ce qui me concerne, j’ai arpenté Saint-Nazaire avec un indicible plaisir ! J’y étais arrivée beaucoup plus tôt que prévu pour mener à bien l’opération « sacoches » et je craignais de vite m’ennuyer (… comme si je m’étais ennuyée une seule fois dans ma vie !). En réalité je suis totalement tombée sous le charme de cette ville, de son architecture cabossée, de son riche passé industriel (sans glamour ni sanglots) de sa mixité, de la lumière qui inonde ses rues, de sa gare du bout du monde (les rails semblent s’y arrêter sans pouvoir aller plus loin ), de ses bâtiments publics mi moches mi grandioses, bref je me réjouis déjà d’y repasser à mon retour !

Avant de prendre la mer, je suis allé visiter le musée sur les grands paquebots transatlantiques (évidemment !). Même si c’est un peu trop carton-pâte à mon goût, j’ai adoré les photographies exposées, lu avec beaucoup d’attention les nombreux textes proposés – tout à fait passionnants en dépit de quelques erreurs (non, tous les migrants qui arrivaient aux Etats-Unis ne passaient pas par Ellis Island !) – et je me suis évidemment régalée de la description de toute la série de costumes qu’imposait – pour certains seulement – la vie sociale à bord de ces paquebots (et pour le coup, c’était vraiment hyper pointu !). Ma propre garde de robe pour mon voyage ne tapisserait même pas le fond de leurs immenses malles-cabines !

Et puis, parce que j’aime décidément la photographie, je suis allée à la galerie des Franciscains (remarquable usage d’un magnifique lieu laïcisé !) voir l’exposition de Claude Nori où, si je n’avais pas un bateau à prendre, j’aurais bien passé ma vie en fait !

J’en suis sortie éblouie et un brin nostalgique aussi, sans doute parce que j’ai réalisé que ce qui semble désormais désuet, c’est mon adolescence en fait ! J’ai été captivée par ses photos et notamment sa faculté de faire oublier son appareil ! J’imagine que pour obtenir autant de naturel de ses sujets, ils devaient être l’un des leurs. Oui, on a l’impression d’être dans ses photos et de respirer avec lui.
Après la plage (thème de l’exposition) et la chaleur (39 d⁰ dans les rues, je ne suis pas certaine d’avoir déjà connu une telle température ) , revoilà la vie avec les orages, pile poil au moment où je dois prendre la route pour rejoindre la douane !
Une pluie battante et surtout un vent à décorner les cocus m’accueille pour mes derniers coups de pédales en terres bretonnes comme pour me rappeler que même dans la canicule, la Bretagne reste la Bretagne !
J’étrenne ma nouvelle veste Revit autant pour me faire voir (elle est tellement fluo qu’elle me brûle les yeux !) que pour me protéger de la pluie (« qui tombe comme vache qui pisse » aurait dit ma mère). Cinq kilomètres plus loin, me voilà à la Douane dans la zone portuaire avec la certitude que ce nouveau vêtement assure parfaitement ses deux fonctions ! !
Voilà, j’y suis donc, après une annulation l’année derniere qui m’avait mis les larmes aux yeux (je devais partir dans la première traversée qui a été tant et tant décalée que j’ai dû y renoncer pour la reporter à cette année) je vais enfin monter à bord du Neoliner Origin pour traverser l’Atlantique !

Tu me fais rêver avec ta pluie battante !
Ah ah ah ! Il est plus usuel pour les cyclistes d’entendre que la pluie est leur ennemie jurée pour apprécier ton commentaire 🙂
Oui, il pleuvait dru et il faisait même tellement frais que j’étais ravie d’enfiler ma veste de pluie !
Cela n’a duré que le temps d’une matinée… malheureusement !