Quand on rallie Saint-John plus tôt que prévu

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(La date de la mise en ligne des billets ne correspond pas avec celle à laquelle ils ont été écrits en raison des difficultés à accéder à internet)

Me voilà donc totalement en carafe, loin de tout, sur le bord de la route 210 et sous une pluie battante … Je n’étais franchement pas fière mais bizarrement quand tout va mal, je me concentre uniquement sur ce que je dois faire pour tenir à distance le découragement. Points positifs : j’étais en bonne santé et j’avais une connexion internet. J’ai commencé par prévenir mes proches et puis je me suis avisée que depuis le début de ce voyage les terreneuviens avaient redoublé de gentillesse et qu’ils vivaient dans un pays compliqué où la solidarité devait être une valeur importante. Au surplus, les trois-quart d’entre eux circulent dans d’immenses voitures où mon Ernest entre sans difficulté ! Il y aurait bien une voiture pour me déposer dans la première ville venue où je pourrais trouver un taxi ! Même si je ne déteste rien que de devoir demander de l’aide, il allait falloir me faire violence « épicétou » !
J’ai poussé Ernest jusqu’à un endroit où j’étais visible de loin et où l’on pouvait s’arrêter facilement, j’ai mis mes bagages à terre (non ce n’est pas la pluie ou la paresse qui m’a découragée d’achever cette longue route 210) et j’ai tendu le pouce en l’air aux voitures qui passaient.

Je n’ai pas attendu longtemps : après un camion et une petite voiture de tourisme, une énorme voiture s’est arrêtée et m’a rejointe en marche arrière ! Un couple en est sorti et une fois informé de mes difficultés m’a proposé de me déposer (« oui, le vélo aussi, on va se débrouiller ! » ) Ils avaient pourtant toute une panoplie de valise dans le coffre !
J’ai sorti en vitesse mon immense tarp en dynema (il ne pèse rien et ma tente est si petite que j’avais pensé judicieux de l’emporter vu la taille de ma tente) pour protéger leur coffre quand deux autres voitures se sont arrêtées : c’était couple qui voyageait dans leur véhicule respectif et ils étaient inquiets car ils pensaient que j’avais eu un accident. Après avoir été rassurés, ils ont parlé entre eux mais je n’ai pas compris la conversation. Mon Ernest et moi (et tout mon chargement !) sommes donc partis avec Jim et Grace, un couple charmant et chaleureux qui n’habitait pas sur l’île et s’arrêtait avant Saint John. Grace a essayé de m’expliquer quelque chose sur la carte mais j’avoue que je ne n’ai pas compris. Une heure plus tard, nous avons bifurqué sur une grande aire avec une station service et j’ai eu la surprise de voir immédiatement le couple qui s’était également arrêté au bord de la route. En descendant de la voiture, j’ai compris qu’il m’attendait pour m’emmener à Saint John ! Comme ils allaient dans la capitale, ils s’étaient entendus pour me récupérer et me faire la fin du trajet ! J’étais tellement émue par leur gentillesse que j’ai bien cru que j’allais me mettre à pleurer !

J’ai donc dit au revoir en les remerciant de tout cœur à Jim et Grace et suis montée dans la voiture d’Amanda (avec son magnifique Huskie !) pendant que Ernest voyageait dans celle de Kevin (avec son « poppy huskie »). Quand elle a vu que je tremblais de froid (entre la pluie, la fatigue des émotions et l’absence de tout repas depuis la veille, j’étais littéralement transie). Un peu plus loin, Kevin l’a appelé dans sa voiture pour lui dire que Canary Cycles était ouvert, que deux personnes parlaient français et qu’ils m’attendaient. Je n’avais plus les mots pour les remercier de tant de gentillesse… Elle n’a rien voulu savoir pour que je paye l’essence quand elle s’est arrêtée pour remplir son réservoir et s’est même inquiétée de savoir où je dormais (j’avais réussi à trouver un hôtel durant le trajet) et je crois qu’ils m’auraient même hébergée si cela n’avait pas été le cas !! Une bonne heure plus tard, ils m’ont directement déposée devant Canary Cycles. J’ai serré très fort Amanda contre moi et remercié Kevin du mieux que je pouvais. Comme je l’avais fait un peu plus tôt avec Grace et Jim, je leur ai demandé de m’écrire leur adresse dans mon téléphone, je ne sais pas encore ce que je vais leur envoyer quand j’aurais rejoint Paris mais je sais que j’y mettrai grand soin…
Voilà à quoi ressemble la solidarité sur la belle île de Terre-Neuve ! Moi qui ne parle jamais à personne durant mes périples à l’étranger, qui me cache le plus loin possible des habitations pour dormir et qui m’accroche à mes jumelles et au chant des oiseaux, je sais que ce voyage constituera d’abord une grande aventure humaine…

2 commentaires sur “Quand on rallie Saint-John plus tôt que prévu”

  1. Continue comme ça et tu vas connaître tous les habitants de Terre-Neuve ! Profite bien de ta nuit d’hôtel pour te retaper. Je sens que Canary cyrcles va faire des merveilles !

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